La lutte contre la tuberculose exige plus d’implication de l’État et plus de moyens


« Nous devons rester lucides aujourd’hui par rapport aux défis opérationnels qui se dressent devant nous. Au-delà des défis opérationnels, l’OHMASS aimerait attirer l’attention de tout un chacun sur la nécessité cruciale du gouvernement d’Haïti d’investir davantage dans le secteur de la santé et de son programme anti-tuberculose pour lui permettre d’avoir les moyens de son ambition », a déclaré Frederick Persoons, directeur exécutif de l’Organisation haïtienne de marketing social pour la santé (OHMASS), à l’occasion de la cérémonie commémorative de la Journée mondiale de la tuberculose à Pétion-Ville.

Cette pathologie, dont le taux de létalité est de 9 à 10 % en Haïti, « devrait donc autant interpeller les spécialistes de la santé que les élites politiques », a-t-il souligné, lançant un « avis de recherche des chefs de file pour un monde exempt de tuberculose », comme l’indique le thème de la journée.

En Haïti comme pour plusieurs autres maladies, le Fonds mondial est le principal bailleur appuyant la prévention et le traitement de la tuberculose, a rappelé le directeur de l’HOMASS. 14 millions de dollars ont été investis dans ce secteur depuis 2016. Pour les trois prochaines années, ce sera près de 18 millions de dollars qui seront investis dans la lutte contre la tuberculose.

« Ces investissements aujourd’hui sont plus que nécessaires pour accompagner le Ministère de la Santé publique et de la Population dans sa lutte pour éliminer la tuberculose à l’horizon 2030 », a affirmé Frederick Persoons, qui croit que la tuberculose reste un fléau qui pèse lourdement sur la population haïtienne.

Le représentant du CDC estime qu’il faudra plus de détermination, plus de travail si nous voulons mettre une fin à cette épidémie. Le Dr Luis Philipe Codina de l’OPS/OMS en Haïti suggère quant à lui d’intensifier la lutte.

La tuberculose est une maladie infectieuse contagieuse. Elle est la plus importante cause de morbidité et de mortalité dans les pays en voie de développement. On l’appelle aussi la maladie de la pauvreté parce qu’elle se répand dans les milieux où sévissent la malnutrition, les mauvaises conditions d’hygiène sanitaire, la promiscuité. Elle attaque en particulier les groupes vulnérables, les PVVIH, les migrants, les personne âgées.

268 établissements disséminés à travers les dix départements du pays fournissent des soins gratuits aux tuberculeux. Pour l’année 2017, 15 265 cas, toutes formes confondues, ont été diagnostiqués. Le pourcentage de malades testés pour le VIH est de 94% en 2017 alors qu’en 2015 il était de 84%. Le taux d’exeat est de 80%. « Le pourcentage de décès est encore trop élevé, soit 9 à 10% », a reconnu le coordonnateur du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT), le Dr Willy Morose, avant de souligner que « personne ne devrait mourir de tuberculose». Mais il regrette que « souvent les malades arrivent tardivement dans les institutions ».

 

Par ailleurs, il fait remarquer que notre incidence est passée de 222 pour 100 000 en 2012 à 188 pour 100 000 en 2017. Cette diminution est le fruit d’un effort collectif. « Le MSPP a déployé des efforts considérables avec l’aide des partenaires du programme de la lutte pour assurer le dépistage, la prise en charge totale de nos patients sur toute l’étendue du territoire. En plus de 15 265, 133 patients résistant au médicament de première ligne ont pu être pris en charge sur la supervision du PNLT grâce à la collaboration des Centres GHESKIO et PIH », a détaillé la ministre de la Santé, le Dr Marie Gréta Roy Clément.

La titulaire du MSPP a annoncé dans la foulée que, « dans le cadre de la prise en charge de la tuberculose multirésistant, huit institutions ont été réhabilitées. Ces institutions vont faciliter la prise en charge des patients multirésistants ambulatoires de manière décentralisée. Et dans le cadre du contrôle de l’infection tuberculeuse pour la prévention de la maladie, des travaux de rénovation ont été réalisés dans plusieurs centres de traitement.»

 

La tuberculose, pathologie due à une bactérie qui s’attaque principalement aux poumons, présente ces symptômes : « douleur thoracique; essoufflement; fatigue; fièvre; frissons; perte de l’appétit; perte de poids; sueurs nocturnes».

Les déterminants socioéconomiques jouent un rôle primordial dans le développement de la maladie.

Pour le moment, plus de 432 000 moustiquaires, munies de produits chimiques, notamment d’insecticides, seront distribuées auprès des populations de plus d’une cinquantaine de communes du grand Sud, informe le ministre de la Santé publique et de la Population. “Combatrre la malaria constitue une grande priorité pour l’Etat haïtien”, explique Marie Greta Roy Clément, situant cette campagne dans la logique de la Caravane du changement lancée par le président Jovenel Moïse.

Actuellement, “deux Haïtiens sur mille” vivent avec la malaria. Cette maladie est “endémique” seulement en Haïti et en République dominicaine dans la région de la Caraïbe, informe la ministre, qui a rappelé qu’en 2015, Haïti, comme d’autres pays, avait pris l’engagement de mener la lutte visant l’élimination de la malaria avant 2020. La ministre salue la “solidarité agissante” des acteurs de la communauté internationale pour leur appui à cette campagne qui va au bénéfice du peuple haïtien.

Il reste l’un des secteurs les plus importants dans la vie des citoyens, pourtant peu de moyens sont accordés à la santé dans le budget national. “On y accorde peu d’importance”, déplore le maire principal de la ville, Jean Gabriel Fortuné qui salue et encourage cette campagne dans le Sud. L’occasion pour lui d’en appeler à la participation mais surtout à l’implication des collectivités pour la grande réussite de cette initiative.

Pour sa part, le directeur de la Santé publique dans le Sud, Clifford Gauthier, estime qu’il s’agit d’un “bon pas” pour le pays d’engager la lutte contre la malaria. Cette dernière avait déjà atteint, en 2016, environ ” 21 000 ” individus dans le pays, contre plus de ” 10 000 ” autres cas qui ont été confirmés pour le premier semestre de cette année. Pour le département du Sud (où des cas de malaria sont repérés dans dix communes), les spécialistes ont confirmé, entre janvier et juin, plus 4 000 cas sur un effectif de plus de 21 000 testés, d’après les chiffres avancés par le directeur départemental de la Santé. Plus que jamais préoccupé par le développement de la situation, il en a profité pour appeler à la conscience citoyenne en vue d’aider à combattre ce fléau en se protégeant contre les moustiques.

Le représentant de l’Organisation haïtienne de marketing social pour la santé (OHMASS), Frédéric Persoons, évoque les efforts du ministère de la Santé et d’autres institutions sanitaires dans la quête de l’élimination de la malaria dans le pays. En 2012, il souligne que “trois millions” de moustiquaires ont été distribuées dans le pays, pour supporter les gens à combattre les moustiques qui provoquent également d’autres maladies.

Les enfants et les femmes enceintes ont un système de défense plus fragile qui, du coup, les expose plus facilement au virus de la malaria. Soulignons que cette deuxième vague de campagne concernera aussi le département de l’Artibonite.

Le Fonds mondial a mis fin à la subvention du programme de renforcement de la sécurité transfusionnelle depuis décembre 2018. À travers ce programme, le Fonds mondial mettait à la disposition du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), via le Programme national de sécurité transfusionnelle (PNST), des ressources financières pour les activités de collecte, de traitement et de distribution des produits sanguins. Ce financement se faisait à travers le PSI/OHMASS jouait le rôle de récipiendaire principal, assurant la gestion de ce fonds. Le PNST occupe la fonction de sous-récipiendaire (SR) avec pour mission l’élaboration des normes et des procédures techniques et administratives, tandis que la Croix-Rouge haïtienne (CRH), sous-sous-récipiendaire (SSR), représentait le bras opérationnel.

L’État n’a ni anticipé ni préparé à temps l’après-Fonds mondial

Cette interruption, bien que la décision était connue d’avance, laisse un Centre national de transfusion sanguine fragilisé. L’État n’a ni anticipé ni préparé à temps l’après- Fonds mondial. La Croix-Rouge haïtienne, de son côté, s’en est lavé les mains. «  Dans un communiqué publié le 13 février 2019, la CRH a informé que le personnel du Programme national de  sécurité transfusionnelle (PNST), affecté au CNTS, est sous la responsabilité et la supervision du directeur du PNST, le Dr Ernst Noël. »  Joint par téléphone le mardi 19 mars, le directeur du PNST avance qu’il ignorait que le décret du 3 novembre 1986 réglant le prélèvement, la conservation et la distribution du sang humain et du plasma sanguin, qui a confié la gestion du CNTS à la Croix-Rouge, a été rapporté. Cela voudrait dire, selon le médecin, que la CRH gère encore le Centre national de transfusion sanguine.

Confusion sur qui gère actuellement le CNTS

Pour le président de la CRH, il ne fait aucun doute que la CRH ne se charge plus de ce dossier. « Nous pouvons toujours aider dans la promotion, la sensibilisation au don volontaire de sang. Mais nous ne pouvons pas aider dans les opérations.  On ne dispose pas de budget pour le faire ni d’un personnel», a expliqué le Dr Guiteau Jean-Pierre lors d’une interview exclusive au journal le 19 mars dans son bureau à Maïs-Gâté. « Mettre du sang sûr à la disposition de la population est coûteux. Il y a un investissement massif à faire».

« L’État haïtien doit accompagner le ministère de la Santé publique pour la mise en branle du renforcement de la sécurité transfusionnelle », a-t-il ajouté, profitant pour esquisser l’historicité du service du CNTS. Au départ, il y avait des banques de sang établies dans certains hôpitaux. À ce moment, il existait la possibilité de faire le commerce du sang. Avec le décret de 1986, le MSPP a confié à la Croix-Rouge haïtienne le soin d’établir un Centre national de transfusion sanguine. Le bureau se trouvait à la rue des Miracles avant le tremblement de terre. Le CNTS est une entité du ministère de la Santé. Le MSPP avait mis à la disposition de la CRH des employés contractés par le Trésor public.

Avec la création du Plan présidentiel d’aide d’urgence à la lutte contre le sida (PEPFAR) au cours des années 1990, le gouvernement américain a décidé de renforcer la sécurité transfusionnelle. Il y a entre trois et quatre ans depuis que le PEPFAR ne finance plus le programme. Les fonds ont tari. Le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a pris le relais, puis le Fonds mondial », a détaillé le spécialiste en santé publique, soulignant que les autorités du MSPP savaient que le Fonds mondial allait suspendre son financement. « C’était annoncé que cet argent allait tarir. Il y avait un reliquat à payer, on a dû accepter de prolonger pour trois mois», a-t-il ajouté, insistant sur le fait que le Fonds mondial ne finance plus les activités du Centre national de transfusion sanguine.

Le renforcement du CNTS est une obligation. Pour le médecin, il a fallu, dès la prise de connaissance du tarissement des fonds, lancer des mécanismes pour faire passer le personnel du centre sous le chapeau de l’État. «  Nous devons tous travailler pour que cela se fasse. Je suis pour le renforcement de l’État. Je suis médecin, je ne peux que travailler pour le renforcement du système de santé de mon pays. Quelles que soient les décisions qui sont prises en vue du renforcement de système de santé,  si cela va dans l’intérêt de mon pays, je ne peux que l’appuyer », a déclaré le président de la Croix-Rouge haïtienne.

Après le Fonds mondial, les employés dans la merde

On est mardi 19 mars. Il est près de 8 heures p.m. L’employée de garde au Centre national de transfusion logé au premier étage du building de la Digicel, à Turgeau, est entouré de gens qui viennent pour une demande de sang. Les nombreuses demandes ne lui importent guère. Elle plie bagages. « Mon service est terminé. Je ne reçois plus de dossier», répond-t-elle sur un ton hargneux. L’autre employé qui devait la remplacer a mis du temps, laissant des gens en quête de sang pour un proche dans l’inquiétude. Outre le problème de la disponibilité du sang, ils doivent désormais faire avec l’humeur des employés.

« On n’est plus sous la tutelle de la Croix-Rouge et on ne perçoit aucun salaire depuis décembre. On a eu une rencontre avec le ministre de la Santé, le Dr Marie Gréta Roy Clément,  qui nous a promis de nous intégrer dans la fonction publique. On a reçu des lettres d’affectation, et plus rien », a raconté une employée sous le couvert de l’anonymat .

La position du MSPP

« C’est un dossier auquel le ministère accorde une importance particulière. Mais l’aboutissement d’un dossier de “nomination” ( l’intégration d’une personne dans la fonction publique ) répond normalement à tout un processus: le dossier doit être  acheminé à la Primature ( via l’OMRH qui fait une étude de ce dossier). Après l’approbation du Premier ministre ,  ce dossier est  retourné au MSPP et un formulaire rempli et signé par les responsables du ministère doit être envoyé au service concerné du ministère des Finances pour signature ( formulaire appelé communément feuille rose ) et, après un  ensemble de procédures administratives, la personne  recevra son salaire et, le cas échéant, des arriérés de salaire »,  a assuré le directeur général du MSPP, le Dr Lauré Adrien, affirmant que le ministère est très conscient du problème et que toutes les démarches administratives ont été faites.

Auprès de sources fiables, le journal a appris que le processus de nomination n’a pas encore démarré. L’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant n’a signé aucune lettre de nomination pendant les six mois passés à la tête de la Primature. Elles expliquent que le processus est long et peut durer plusieurs mois. Tant que les procédures n’aboutissent pas, le ministère des Finances ne peut émettre aucun chèque.   « Il s’agit d’un dossier de souveraineté nationale. L’État doit prendre ses responsabilités face à la population. L’État ne peut pas se désengager », a martelé notre source, expliquant que la sécurité transfusionnelle fait partie de la sécurité d’une nation. Ça doit être assuré par nos autorités.

Dans une lettre datée du 15 novembre 2018 adressée au Dr Guiteau Jean-Pierre, la ministre de la Santé a assuré au président de la Croix-Rouge haïtienne que le MSPP, vu la non-disponibilité des ressources qui doivent provenir du Fonds mondial, a pris les dispositions suivantes : poursuite du paiement du loyer au centre du CNTS;  poursuite de l’acquisition des intrants et du matériel, des approvisionnements consommables; nomination du personnel.   Cette lettre a aussi fait mention de l’acquisition des intrants afin de rendre disponible du sang sûr pour une valeur de  403 644 ,19 dollars américains.

Pour l’instant, nous apprend un responsable, les intrants sont disponibles pour traiter les produits sanguins. « Présentement, on n’a aucun souci. Mais demain n’est pas certain. Au plus haut niveau de l’État, les autorités doivent faire leurs les problèmes du Centre national de transfusion sanguine. « Si vous avez besoin de sang, il faut que  l’État puisse vous garantir cet accès », a-t-il précisé.